AUTOCOLLANTS NYC
Les autocollants de graffiti — des tags manuscrits sur toutes sortes d’étiquettes, qui peuvent être rapidement apposés sur presque n’importe quelle surface — ont toujours constitué une forme mineure de vandalisme, du moins aux yeux de la plupart des pratiquants. Moins tapeurs que les pièces, moins risqués que les throw-ups ou les tags, ils servent néanmoins de cartes de visite et constituent une part importante de l’arsenal de nombreux writers. Certains se lancent occasionnellement dans des virées d’autocollants, tandis que d’autres se spécialisent dans ce médium et, au moins pendant un certain temps, se donnent pour objectif de saturer complètement de leur nom un pâté de maisons, un quartier ou même une ville entière.

À New York, la pratique consistant à utiliser des autocollants pour se faire voir remonte au moins au début des années 1980, lorsque DJ NO et TESS, membres du crew X-MEN qui peignaient par ailleurs le métro, se sont fait connaître, attirant même l’attention des médias, grâce à leur vaste campagne de vandalisme menée à l’aide d’autocollants imprimés sur mesure. D’autres ont rapidement repris l’idée. Des writers qui travaillaient comme coursiers en ont fait leur sport : se procurer des étiquettes d’adresse vierges inhabituelles, les taguer et laisser une traînée d’autocollants à travers la ville. Les autocollants pouvaient être utilisés à l’intérieur ou à l’extérieur des rames, coincés dans les portes des boîtes à journaux ou collés très haut au dos des panneaux, là où aucun marqueur ne pouvait atteindre.
Au fil du temps, les autocollants de graffiti sont également devenus un terrain d’expérimentation pour différents handstyles. La forme et les dimensions du support exigent une attention particulière à la technique et au choix des bons outils d’écriture. Certains étaient artistiques et détaillés ; d’autres étaient produits en série sur des badges d’identification et des étiquettes « Hello my name is ». Il leur arrivait aussi de se retrouver dans les blackbooks d’autres writers et partenaires de bombing, au sein d’une collection de tags sur les couvertures intérieures, à l’avant comme à l’arrière, ou pour masquer les bavures au dos d’un dessin élaboré au marqueur.

Il arrivait parfois qu’un writer ou un fan décolle quelques autocollants de la rue afin de les ajouter à sa collection. Quelques-uns de ces trésors de style bien connus, comme la collection de l’artiste Michael Anderson, remontent au moins au début des années 1990. Les autocollants présentés dans ces pages sont des survivants — un petit échantillon des innombrables millions d’autocollants qui ont orné les rues de New York ou qui ont été collés dans des blackbooks. Certains de ces writers sont des légendes et des rois ; d’autres sont surtout connus des habitants du coin. Quelques-uns se consacraient aux autocollants, mais la plupart étaient d’abord des bombers et utilisaient les autocollants comme un moyen supplémentaire de se faire voir.
Les autocollants sont généralement retirés plus rapidement des équipements municipaux, tandis que les boîtes à journaux disparaissent peu à peu. De plus, les autocollants « eggshell », difficiles à décoller, ont remplacé les autocollants en papier bon marché et abondants dans le paysage contemporain. De nombreux writers continuent de faire occasionnellement des virées de bombing aux autocollants, mais il n’est plus facile de voir de grands autocollants sur presque n’importe quel pâté de maisons.
Un autre phénomène récent retire complètement les autocollants de la sphère du vandalisme : une nouvelle génération de collectionneurs se concentre obsessionnellement sur la collecte de tags manuscrits apposés sur des étiquettes USPS intactes. Plus l’étiquette est ancienne et plus le writer est difficile à obtenir, mieux c’est. Soudain, un marché de la vente ou de l’échange d’autocollants est apparu, comparable à celui des cartes de baseball. D’un côté, cela valorise le médium et offre aux writers un autre moyen de tirer profit de la vente de leur travail. Les packs d’autocollants sont désormais couramment disponibles directement auprès de vandales autrefois insaisissables. De l’autre, certains diront que cette pratique, qui va bien sûr de pair avec l’essor des réseaux sociaux, a très peu à voir avec le véritable graffiti. Pour ceux que cela concerne, toutefois, elle n’a pas atténué l’excitation de découvrir dans la rue un throw-up, un tag ou un autocollant immaculé — car c’est évidemment là qu’ils ont vraiment leur place.
Écrit par Ray Mock
